[Cet article fait suite à la Partie 1 : Voyager avec un enfant autiste : oui, c’est possible ! Avant le voyage]

À L’AÉROPORT 

Personnellement, cette étape n’est pas ma préférée ! Mon fils est en général assez heureux de partir mais il se désorganise dès qu’on franchit les portes de l’aéroport. Il faut dire que le cocktail pour créer une crise est vraiment parfait : grosses lumières vives, foule nombreuse, bruits de haut-parleurs, attente, etc.

Cela ne nous a pas empêché mon mari et moi de prendre l’avion parfois plusieurs fois par an avec lui… mais nous avons une organisation assez serrée et chacun des rôles à tenir pour que cela se passe bien. 

Avant l’enregistrement 

La première chose à faire est d’enregistrer votre vol et vos bagages en ligne chez vous afin de gagner du temps. 

Ensuite, sachez que les grandes compagnies aériennes offrent l’assistance et la priorité aux clients ayant des besoins spéciaux. 

Personnellement, je m’assure toujours que nous pourrons passer dans la file prioritaire au moment de l’enregistrement et de l’embarquement. J’ai même déjà demandé à ce que mes bagages soient signalés comme prioritaires à l’arrivée lorsque je voyageais seule avec mes deux enfants. Je ne pouvais pas me permettre que mon plus grand se désorganise au milieu de la foule en attendant nos bagages puisque je devais aussi assurer la sécurité de mon petit. Le personnel a été vraiment accommodant et cela nous a vraiment aidés.

Attendre dans une file au milieu de purs inconnus est extrêmement difficile pour une personne autiste. Ne vous infligez pas cela ! Et ne voyez pas la ligne prioritaire comme un passe-droit mais bien comme un droit tout court. Vous le faites pour le bien être de vos enfants, pas par caprice. Avec mon mari, nous passons dans la ligne prioritaire et une fois que l’agent a identifié tous les passagers, je pars avec les enfants dans un endroit en retrait et nous attendons papa loin de la foule quand c’est possible.

Après l’enregistrement 

Une fois passées la sécurité et les douanes au besoin, nous essayons toujours de trouver un lieu calme dans la zone d’attente le plus loin possible des restaurants et des commerces. 

Ce n’est pas parce que votre embarquement se fait à la porte B-42 que vous devez attendre deux heures à cet endroit ! Cherchez-vous un coin à vous quand c’est possible et installez vos enfants avec leur tablette ou leurs jouets. Ayez ce qu’il faut pour manger et boire si vous préférez éviter les restaurants et dirigez-vous à votre porte seulement pour l’embarquement. De là, passez en priorité et installez-vous dans l’avion parmi les premiers, tranquillement, en prenant le temps de placer vos affaires et d’installer votre enfant confortablement sans stress. 

Certains aéroports en Amérique du nord mettent à la disposition des voyageurs des outils ou des zones pour faciliter le parcours à suivre dans l’aéroport. Par exemple, l’aéroport international Pearson à Toronto met à la disposition des voyageurs une application téléchargeable appelée MagnusCards qui permet d’anticiper et d’appréhender le parcours à suivre dans l’aéroport. L’aéroport Hartsfield-Jackson, à Atlanta, quant à lui, propose un espace aux voyageurs souffrant d’hypersensibilité sensorielle pour leur permettre d’attendre l’embarquement dans le calme. Cet aéroport a d’ailleurs plusieurs initiatives en place pour favoriser le voyage des personnes autistes ou en situation de handicap intellectuel

Des initiatives qu’on aimerait voir à plus grande échelle… En effet, ce serait formidable que de plus en plus d’aéroports ou de gares disposent de zones pour les pauses sensorielles. Cela bénéficierait à beaucoup de gens, pas seulement aux personnes autistes mais aussi à ceux qui sont agoraphobes ou qui souffrent d’anxiété. 

DANS LES MOYENS DE TRANSPORT 

En avion 

Prévenez le personnel 

Tous les parents que j’ai consultés pour rédiger cet article m’ont dit la même chose : il est impératif de prévenir le personnel de vos besoins et de ceux de votre enfant. L’idée n’est pas d’être ostracisé, mais bien d’être aidé. Si le personnel est au courant de votre situation, il se montrera plus compréhensif et à l’écoute. De plus, il s’assurera que les autres voyageurs soient respectueux face à votre situation particulière. 

 

Que faire si d’autres passagers vous font des commentaires ? La plupart des gens sont contents d’aider et ouverts face au handicap, mais quand le handicap est invisible, il est parfois difficile pour les autres passagers de comprendre le comportement de nos enfants. 

Nous nous sommes déjà fait largement insultés par une autre passagère qui ne supportait pas que mon enfant bouge et n’avait pas toléré le fait qu’à la fin du voyage il parle fort et se désorganise. Je vous passerai les mots qu’elle a utilisés et je ne vous cacherai pas que ce genre de situation est extrêmement blessante. Depuis, j’ai décidé de faire du personnel aéroportuaire mes alliés. En exprimant les besoins particuliers de notre enfant, je m’assure d’une certaine protection face aux attaques, rares, mais malheureusement possibles de certains passagers. Un agent m’a dit dernièrement à propos d’une dame qui commençait à me faire les gros yeux : « Si elle vous dit quoi que ce soit, vous ne lui répondez pas et vous venez me voir… le commandant est au courant. » Si vous aussi vous voulez avoir le commandant comme partenaire, alors dites-le… Je vous assure que ça enlève beaucoup de stress. 

Vos enfants et vous-même avez le droit d’être là comme tous les autres passagers et vous n’avez pas à vous excuser d’être qui vous êtes. C’est ça une société : des gens différents qui cohabitent. 

Et je terminerais ici en m’adressant aux autres voyageurs qui ne voyagent pas avec des enfants en situation de handicap… Si jamais vous vous retrouvez dans un avion, dans un train ou dans un autobus avec une famille qui a un enfant qui touche à tout, donne des coups dans votre siège à l’occasion ou parfois même pousse des cris, nous sommes conscients que cela n’est pas agréable pour vous et nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour faciliter son voyage et le vôtre. Ce n’est pas amusant pour nous non plus… S’il vous plaît, soyez bienveillants. 

Je me souviendrai toujours de cette gentille jeune femme assise près de nous qui avait joué avec mon fils et m’avait proposé de lui montrer des jeux sur sa tablette. Un geste simple qui m’avait fait un bien fou… 

Après tout, on voyage pour aller à la rencontre de la différence. Nos enfants sont différents… allez à leur rencontre !

Choisissez bien vos places 

Au moment d’acheter vos billets, choisissez des places près des hublots si vous souhaitez que votre enfants ne soit pas trop en contact physique avec d’autres personnes et n’ait pas à supporter les va et vient de l’allée. Idéalement, quand c’est possible, d’autant plus si votre enfant a des besoins physiques particuliers ou coordonne mal ses mouvements, essayez d’obtenir les sièges réservés pour les familles qui ont des espaces plus grands pour les jambes et pas de voisins devant. Sinon, choisissez des sièges sans voisins arrière. 

Il serait d’ailleurs merveilleux que les avions disposent de davantage de sièges réservés aux personnes porteuses d’un handicap. 

Stéphanie, mentionnée plus haut, a besoin d’espace pour voyager avec son fils et lui apporter l’assistance dont il a besoin pendant le vol en matière d’hygiène, d’alimentation et de réconfort. Vous vous doutez bien que la famille apprécie avoir accès à des places plus spacieuses afin de permettre à Louis de bouger et à ses parents de prendre soin de lui plus facilement. 

Pourtant, les seules places avec de l’espace sont souvent réservées aux jeunes familles et il y en a très peu pour les personnes en situation de handicap… Ce serait formidable si les choses changeait afin de permettre à tous d’accéder aux mêmes services. 

Anticipez les repas 

En ce qui concerne les repas, si vous pensez que votre enfant n’aimera pas le poulet sous vide de l’avion, pensez à lui apporter ce qu’il faut. Mon fils mange presque de tout mais comme je vous l’ai déjà mentionné, il ne sent pas sa fin apparaître. Si je sens que cela risque de mal tourner, j’ai toujours des collations sur moi et je demande aussi au personnel de lui apporter son repas en priorité en même temps que les passagers qui ont des menus spéciaux. Cela n’a jamais posé problème. 

Attendez que tout le monde soit parti avant de quitter vos sièges 

Quand c’est possible, nous expliquons à Xavier que lorsque l’avion atterrira, nous resterons tranquillement à nos sièges. Il peut continuer à jouer sur sa tablette ou à regarder son film. Les passagers ont souvent tendance à se lever dès que le signal des ceintures est éteint et se retrouvent ensuite coincés les uns sur les autres. Si en plus la passerelle met du temps à arriver, il se met à faire une chaleur terrible et tout le monde s’impatiente. 

Prenez votre temps ! Restez assis et levez-vous seulement quand tout le monde sera presque sorti et que l’atmosphère sera calme. Prenez le temps de ramasser vos affaires, d’installer votre enfant avec son sac ou de le prendre dans vos bras et sortez sans presse. Avertissez le personnel si vous avez besoin d’assistance. Il viendra vers vous et pourra vous accompagner jusqu’à vos bagages et même jusqu’aux douanes si besoin. Vous passerez en ligne prioritaire et tout le monde ira à votre rythme. C’est un droit.

En voiture 

Si vous voyagez en voiture pour vous rendre à destination ou au cours de votre voyage, voici quelques conseils utiles :

  • Prenez des pauses régulières afin que votre enfant puisse courir et prendre l’air le plus souvent possible dans des zones calmes en nature idéalement ou près de points d’eau. 
  • Voyagez de nuit quand c’est possible pour que les enfants puissent dormir. Si la lumière des autres véhicules pose problème, installez un filtre sur la vitre afin de limiter les agressions sensorielles.

 

Avant d’avoir notre deuxième garçon, nous avons acheté un Westfalia et sommes partis du Québec vers la Californie et avons traversé une bonne partie des États-Unis. Au total, 15 000 km en 7 semaines, beaucoup de chaleur et de longues heures de route. Notre fils avait 6 ans à l’époque et il est d’accord avec nous pour dire que ces sept semaines ont été parmi les plus belles de notre vie. 

Il avait une certaine routine puisque notre petit camion était sa maison chaque jour et qu’il dormait donc tout le temps dans le même lit. Nous avons de la chance, il aime beaucoup faire de l’auto puisqu’il adore le mouvement régulier des voitures et le bruit du moteur. Quand nous avions de longues heures de route à faire, surtout au début et à la fin du road-trip, nous avons roulé de nuit afin qu’il dorme sur la banquette arrière avec Bernard, son renard. Bien sûr, il fallait se relayer et nous on était fatigués mais cela a été beaucoup plus facile pour lui. 

De jour, nous faisions des pauses dès qu’il en exprimait le besoin. Parfois, nous lui donnions son vélo  pour qu’il se dépense ou nous allions nous baigner une demi-heure avant de reprendre la route. Notre frigo était  plein d’eau fraîche et de nourriture pour arrêter manger dans des endroits calmes et pas dans des aires de restauration bondés de monde. 

Bien entendu, tous les parents d’enfant autiste ne pourraient pas faire ce genre de voyage, j’en suis tout à fait consciente, mais l’idée est d’aller au rythme de l’enfant et de calculer le nombre d’heures d’affilées qu’il sera capable de passer en voiture. Encore une fois, vous seul connaissez ses limites et ses capacités. 

 

Renseignez-vous auprès de votre médecin

  • Renseignez-vous auprès de votre médecin pour voir s’il serait possible de donner à votre enfant de la mélatonine ou un autre traitement non invasif pour lui permettre de dormir pendant le vol et de réguler son sommeil en cas de décalage horaire. Comme le dit Stéphanie, la maman de Louis : « Ça le repose et nous ça nous soulage aussi. »

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Merci pour leurs conseils et références à :

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